"La lecture est une amitié" (Marcel Proust)

16 septembre 2011

Les choses, Georges Perec

 

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Les choses, c'est l'histoire de Sylvie et Jérôme, couple de psychosociologues parisien, poursuivant sans cesse le bonheur. C'est un livre caractéristique des débuts de la société de consommation et empreint de divers thèmes aussi intéressants qu'intriguants que nous livre Georges Perec. 

 

J'ai une profonde admiration pour l'oeuvre de G. Perec, et Les choses a réellement confirmé cela. Sylvie et Jérôme sont l'archétype de l'éternel couple insatisfait, persuadé que pour être heureux, il faut amasser des choses. Fine observation d'une société moderne aux tendances matérialistes, l'auteur réussi à décrire parfaitement les désirs sans fin du couple (un peu comme le tonneau des Danaïdes), tout en épargnant de retranscrire les sentiments qu'ils éprouvent l'un pour l'autre.  C'est, en somme, un couple dénué de sentiments, mis à part pour ces choses qui annihilent notre morale et notre ego. Le couple parisien oscille entre désir et frustration, déménagement et tristesse, et on comprend très bien que c'est un puits sans fond. Chacun d'entre nous se reconnaître forcément plus ou moins dans cette oeuvre foncièrement inclassable et contemporaine que nous a livré Georges Perec. (★★★★☆)


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02 septembre 2011

L'amour dure trois ans, Frédéric Beigbeder

 

L'amour dure trois ans est un roman publié en 1997, et d'inspiration clairement autobiographique. J'ai choisi de lire ce livre, en vue de sa sortie dans les salles de cinéma le 18 janvier prochain. Et que les choses soient claires d'entrée, les déboires amoureux de Marc Marronnier m'ont profondément ennuyés !
 

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J'avais déjà lu Vacances dans le coma, et je n'avais pas vraiment été emballé. L'amour dure trois ans a confirmé mon impression sur Beigbeder, même si j'ai envie de lui donner une troisième chance. En effet, j'aime assez ce style parfois insicif et aidé par la ponctuation. 


Ce livre, éponge à émotions frôlant le journal intime, m'a considérablement agacé. Je vous prie de m'excuser, les écrivains sont des gens plaintifs, j'espère ne pas trop vous ennuyer avec ma douleur. (à cette phrase recopiée dans le livre, j'ai envie de répondre : Oui M. Beigbeder, mais il y a un juste milieu) J'ai clairement eu l'impression d'avoir affaire à un Houellebecq, mais à l'étage inférieur. Certes, l'écriture est insicive, mais elle est associée à un fond frôlant le pathos et le cliché : Je vais au restaurant pour ne rien manger. Les maîtres d'hôtel sont vexés que je ne touche pas à leur assiettes. Mais vous en connaissez beaucoup, vous, des morts qui finissent leur plat de résistance en se pourléchant les babines ?  


 On ne peut néanmoins pas reprocher à M. Beigbeder d'avoir donné un titre dépourvu de sens à son ouvrage, car ce même titre est repris sans cesse dans le livre, comme plusieurs autres termes, ce qui a eu le don de m'ennuyer un peu. De plus, j'ai eu cette impression déroutante qu'au fil des pages, une même chose était retranscrite plusieurs fois sous une forme différente. 


C'est en conclusion un livre dépourvu de réel intérêt qu'il m'a semblé avoir lu. Une espèce de thérapie amoureuse, où Beigbeder s'épanche sur 194 pages, à propos de sa relation face à l'amour. J'ai, malgré cela, envie de lui donner une autre chance, et si vous avez un titre à me conseiller, n'hésitez pas ! (★★☆☆☆)

 

Posté par Lencreacoule à 14:04 - XXème siècle - Commentaires [5] - Rétroliens [0]
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31 août 2011

Extension du domaine de la lutte, Michel Houellebecq

 

Dans Extension du domaine de la lutte (publié en 1994), Michel Houellebecq décrit, sur trois parties, une histoire sans vraiment d'histoire. Une histoire sans fond, au fond. Mais, même sans trame véritable, l'écriture seule rend l'ouvrage intéressant à lire.

 

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Michel Houellebecq...L'un de mes auteurs contemporains favoris. Sa plume acérée, irrévérencieuse et subversive en fait, pour moi, l'un des précurseurs de la littérature française actuelle. Dans Extension du domaine de la lutte (que j'ai voulu comparer avec le (merveilleux) film de Philippe Harel, sorti en 1999, et portant le même titre), Houellebecq livre le portrait d'un technicien en informatique trentenaire, célibataire, à moitié dépressif, et ne sachant plus vraiment comment vivre. A partir de ce constat s'enchaîne son quotidien à Paris puis en province, parmi des gens décrits avec un vrai talent par l'auteur :

Elle me propose d'aller prendre un café. Évidemment, j'accepte. Distributeur automatique. Je n'ai pas de monnaie, elle me donne deux francs. Le café est immonde, mais ça ne l'arrête pas dans son élan. A Paris on peut crever sur place dans la rue, tout le monde s'en fout. Chez elle, dans le Béarn, ce n'est pas pareil. Tous les week-ends elle rentre chez elle, dans le Béarn. Et le soir elle suit des cours au CNAM, pour améliorer sa situation. [...] Oui, c'est du travail, mais le travail ne lui fait pas peur, à elle. Souvent le soir, elle travaille jusqu'à minuit, dans son studio, pour rendre ses devoirs. De toute façon dans la vie il faut se battre pour avoir quelque chose, c'est ce qu'elle a toujours pensé. 

Nous remontons l'escalier vers son bureau. Eh bien bats-toi, petite Catherine..., me dis-je avec mélancolie. Elle n'est vraiment pas très jolie. En plus des dents gâtées elle a des cheveux ternes, des petits yeux qui brillent de rage. Pas de seins ni de fesses perceptibles. Dieu n'a vraiment pas été très gentil avec elle. 

Je pense que nous allons très bien nous entendre. Elle a l'air décidée à tout organiser, tout régenter, je n'aurai plus qu'à me déplacer et à donner mes cours. Ça me convient parfaitement; je n'ai aucune envie de la contredire. Je ne pense pas qu'elle tombera amoureuse de moi; j'ai l'impression qu'elle est hors d'état d'essayer quoi que ce soit avec un mec.


C'est cette plume rude, frôlant quelquefois la violence, que j'aime chez Houellebecq, tout comme ses personnages. Par ailleurs, en lisant la biographie de Michel Thomas (son vrai nom), on remarque qu'Extension du domaine de la lutte est, entièrement ou du moins, en partie, autobiographique. Le quasi anti-héros est donc l'auteur lui même, et les personnages rencontrés au fil de l'oeuvre sont, comme souvent, directement inspirés du quotidien de l'auteur. Et c'est là que réside son talent. Les scènes sont retranscrites comme si l'on y était, et c'est également ainsi que le réalisateur du film s'en est imprégné. En effet, la ponctuation du livre est scrupuleusement respectée, ainsi que les phrases, répétées quasiment sans changer un seul mot. Le film, tout comme le livre, est une vraie réussite, et donne une autre dimension au livre. 

 

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Néanmoins, il y a, pour moi, une petite ombre au tableau. En effet, fervent admirateur de Houellebecq, j'ai été déçu de ce livre, ne correspondant pas tout à fait à mes attente après avoir lu Des oeuvres comme Plateforme ou La carte et le territoire. Extension du domaine de la lutte reste cependant tout à fait empreint de l'écriture houellebecquienne.

 

Un livre sec, détaché mais grandiose, voilà ce que j'ai retenu d'Extension du domaine de la lutte. Même s'il fallait conseiller une oeuvre de Houellebecq, ce ne serait pas celle-ci, sa lecture reste très intéressante si l'écriture subversive de l'auteur ne vous rend pas hermétique. (★★★★☆)

 

Deux autres passages de l'oeuvre :

Je n'éprouvais aucun désir pour Catherine Lechardoy; je n'avais nullement envie de la troncher. Elle me regardait en souriant, elle buvait du Crémant, elle s'efforçait d'être courageuse; pourtant, je le savais, elle avait tellement besoin d'être tronchée. Ce trou qu'elle avait au bas du ventre devait lui apparaître tellement inutile. Une bite, on peut toujours la sectionner; mais comment oublier la vacuité d'un vagin ? Sa situation me semblait désespérée, et ma cravate commençait à me serrer légèrement. (Première partie)

 

En cours, certains s'asseyaient à côté d'elle; ils s'étaient habitués à sa présence massive. Ils ne la voyaient pas et ne se moquaient pas d'elle, non plus. Elle ne participait aux discussions en cours de philosophie; elle ne participait à rien du tout. Sur la planète Mars elle n'aurait pas été plus tranquille. 

Je suppose que ces parents devaient l'aimer. Que pouvait-elle bien faire, le soir, en rentrant chez elle ? Car elle devait sûrement avoir une chambre, avec un lit, et des nounours datant de son enfance. Elle devait regarder la télé avec ses parents. Une pièce obscure, et trois êtres soudés par le flux photonique; je ne vois rien d'autre. (Deuxième partie)


Posté par Lencreacoule à 16:55 - XXème siècle - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
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